Le choc post-Covid et le casse-tête insulaire
Le métier de pharmacien traverse aujourd’hui un profond paradoxe. Si Mehdi Djilani, qui a présidé le groupement Totum Pharmaciens de 2018 à 2024, affirme que le métier n’a « jamais été aussi intéressant et passionnant », les officines subissent de plein fouet l’après pandémie. En y ajoutant l’érosion des marges, d’environ 10 % en dix ans, et des charges salariales en hausse, recruter et fidéliser est devenu une équation complexe. Sur l’île d’Oléron, ce défi national se double d’une fracture immobilière exacerbée : le taux de résidence secondaire flirte avec les 60 %.
Pour Virginie Paniego, le constat est sans appel : « Recruter des saisonniers sans proposer de logement, c’est peine perdue ». Les profils concernés, rares et qualifiés, conduisent les employeurs à développer des stratégies d’attractivité inédites. La pharmacienne, qui a débuté sa carrière comme saisonnière, se rappelle : « Déjà il y a 15 ans, on ne regardait pas une offre si l’on n’était pas logé. Aujourd’hui, les attentes sont encore plus fortes et portent sur la qualité de l’hébergement, la possibilité d’accueillir un animal de compagnie ou d’installer sa famille. » Il est ainsi devenu courant que des candidats demandent des photos du logement avant tout entretien.
L’investissement, nerf de la guerre
Face à la pression, les chefs d’entreprise choisissent des solutions audacieuses. Mehdi Djilani a investi près de 2 millions d’euros pour transférer son officine vers un site moderne, ergonomique et entièrement robotisé, effectif en décembre 2024. De quoi améliorer sensiblement les conditions de travail des salariés, mais aussi, à l’étage, d’accueillir un studio de garde qui peut accueillir des saisonniers l’été.. Loin d’être isolée, l’initiative est au contraire devenue la norme : « À Oléron, les cinq pharmacies Totum sont toutes équipées Sur la commune de Saint-Pierred’Oléron, le port de pêche de La Cotinière accueille une pharmacie Totum Pharmaciens. Le groupement est particulièrement bien implanté sur l’île avec pas moins de six officines. de logements ». Virginie Paniego a suivi une trajectoire similaire à l’occasion du déménagement de son officine en centre-bourg, qui a permis la création de deux studios. Au-delà des murs, c’est le management global qui se réinvente pour fidéliser. « On a fortement impliqué les équipes dans notre projet de transfert, cela a créé un axe de motivation fort autour d’un horizon commun », souligne Mehdi Djilani. L’autre grand levier de fidélisation réside dans la flexibilité du temps de travail. « L’emploi du temps est primordial maintenant », explique Virginie Paniego. Pour répondre aux attentes de ses permanents, elle sanctuarise leurs plannings à l’année et se repose sur des équipes saisonnières pour faire face aux contraintes horaires et dominicales en haute saison.
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