Les entreprises françaises à la traîne sur l'intelligence artificielle

Les entreprises françaises à la traîne sur l’intelligence artificielle

Publié le : 4 juin 2026

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Selon une enquête de la Banque de France publiée en mai 2026, la France accuse un retard marqué par rapport à ses voisins européens en matière d'adoption de l'intelligence artificielle (IA). Des freins éthiques et un déficit d’investissement menacent d'accentuer ce fossé.

Un décrochage net face à la zone euro

À l’échelle de la zone euro, l’accélération des investissements dans l’IA est spectaculaire. Sa part dans l’investissement total des entreprises est passée de 1,8 % à 9,1 % en moins d’un an. Mais l’adoption de l’IA par les entreprises françaises s’avère nettement inférieure à la moyenne européenne. D’après les données de l’enquête SAFE (BCE, fin 2025), seules 23 % des entreprises françaises déclarent une utilisation modérée ou importante de l’IA, contre 39 % en moyenne dans la zone euro.

Il pourrait être tentant d’imaginer que les petites économies de la région, plus agiles, tirent la moyenne vers le haut, mais la comparaison avec les autres grandes économies européennes s’avère encore plus défavorable à la France. Le taux atteint par exemple 46 % en Allemagne et 44 % en Espagne. L’Italie, elle aussi loin derrière, devance malgré tout la France de 4 points, à 27 %.

Ce retard tricolore est particulièrement flagrant chez les grandes entreprises (plus de 250 salariés), où le taux d’adoption n’est que de 22 % en France, contre 46 % à l’échelle de la zone euro.

Des barrières éthiques et le risque d’un fossé grandissant

Pour expliquer ce manque de dynamisme, les entreprises françaises n’évoquent pas un manque de compétences techniques mais citent plus fréquemment que leurs homologues européennes des préoccupations majeures liées à la gestion et la sécurité des données, au respect de la vie privée et des enjeux éthiques.

À court terme, rien ne laisse entrevoir un rattrapage. En France, la part déclarée d’investissement dans l’IA dans l’investissement total prévu pour l’année à venir s’élève à 7,2 %, contre 9,1 % dans la zone euro. Or l’enquête met en lumière une corrélation forte : plus les entreprises et les pays utilisent l’IA, plus ils sont enclins à y investir. Ce phénomène risque d’amplifier les disparités économiques et de creuser durablement l’écart entre la France et ses partenaires, avec des répercussions sur l’emploi et les marges.

Contrairement aux craintes récurrentes de destruction d’emplois, les données et les études disponibles montrent que dans les services et l’industrie manufacturière, une utilisation intensive de l’IA est positivement corrélée à des prévisions de croissance des effectifs, portée par des gains de productivité qui favorisent le développement des entreprises.

Et pour le moment, ces gains de productivité ne se traduisent ni par des baisses de prix pour les consommateurs, ni par des hausses de salaires. L’adoption de l’IA se traduit donc principalement par une hausse des bénéfices des entreprises.

Afin d’affiner ces résultats et de distinguer les impacts de l’IA générative de la robotique, la Banque de France lancera prochainement une enquête approfondie dédiée spécifiquement aux entreprises françaises.

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