Éric Holzinger

« Transmettre pour durer », entretien avec Éric Holzinger, directeur général de SOCOREC

Publié le : 12 octobre 2026

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La transmission n'est pas seulement un passage de relais d'un chef d'entreprise à un autre. C'est aussi un enjeu de pérennité et de croissance du réseau. Entretien avec Éric Holzinger, directeur général de SOCOREC, coopérative de financement du commerce associé.

Quels sont les principaux freins à la transmission-reprise ?

Le premier frein, c’est l’humain. On parle beaucoup de fiscalité ou de droit, mais l’enjeu clé, c’est de susciter des vocations et de rendre le modèle attractif. Le commerce associé offre un cadre sécurisant aux repreneurs et a tout pour les séduire. Mais le niveau d’accompagnement varie fortement d’un groupement à un autre. De plus en plus de coopératives disposent de leur propre outil financier pour abonder en fonds propres ou quasi-fonds propres et compléter les apports parfois insuffisants d’un jeune repreneur. Ce type d’accompagnement est devenu presque indispensable avec l’augmentation de la valeur des entreprises à transmettre. Sans tomber dans le piège de la survaleur…

 

La « crise de la transmission » impacte-t-elle tous les secteurs de la même façon ?

C’est encore une question d’attractivité et de modèle. Dans des secteurs comme le sport, l’optique ou l’alimentaire, certains groupements ont développé une organisation et un accompagnement particulièrement structurés pour faciliter les transmissions. Dans certains réseaux, la montée en puissance d’entreprises performantes et multi-points de vente pose un défi : leur valeur dépasse parfois les capacités d’un repreneur individuel. Il y a donc un enjeu stratégique pour que ces entreprises restent dans le commerce associé grâce à des mécanismes d’accompagnement financiers et juridiques qui permettent de sécuriser la pérennité des réseaux.

 

L’enjeu clé, c’est de susciter des vocations et de rendre le modèle attractif.

 

Quelles sont les pistes pour améliorer encore la sécurisation des réseaux ?

La sécurisation des réseaux se construit très en amont, notamment sur le plan juridique. Le droit de préférence permet par exemple à un groupement ou à l’un de ses adhérents de se positionner en priorité lors d’une cession, sans que le cédant voie ses conditions de vente modifiées. C’est un outil de croissance interne et de pérennisation du réseau : préserver un point de vente, c’est préserver la masse critique du réseau et ses capacités de mutualisation et d’investissement à long terme. D’autres vont plus loin avec l’Offre Préalable de Vente ou OPV, qui donne la possibilité d’intervenir sur la valeur de cession. L’ensemble de ces leviers donne aux groupements davantage de moyens pour réussir leurs transitions démographiques et stratégiques.

 

Comment adapter les outils de financement à ces montages de plus en plus complexes ?

La dette bancaire classique ne suffit plus. Il faut composer un arsenal financier complet : apport du repreneur, crédit bancaire classique, prêt participatif SOCOREC, crédit-vendeur, accompagnement du groupement… Chez SOCOREC, les financements dédiés à la transmission-reprise représentent désormais 30 % des versements, en forte hausse sur 3 ans. L’étape d’après consistera à créer un fonds d’investissement dédié. Ce véhicule mutualisé apportera du capital patient, adapté aux rentabilités dégagées par le commerce. C’est sans doute le chantier le plus structurant pour la décennie à venir.

Mini bio

  • 1996 : Responsable financier chez Intersport
  • 2000 : Directeur général de Bijoutiers de France puis Synalia
  • 2014 : Directeur général d’EK France
  • 2019 : Directeur général de SOCOREC