Retrouvez cette tribune dans « Repères », le magazine du commerce coopératif et associé.
À l’heure où les entreprises du commerce et des services engagent d’importants investissements pour être au rendez-vous des grands enjeux de transformation imposés par les nouveaux modes de consommation, le développement du digital, l’IA, la transition énergétique et écologique… le paiement prend lui-aussi une place singulière dans ces plans d’évolutions d’ampleur inédite.
Bien plus qu’il y a dix ans, pas une semaine ne se passe sans qu’un article de presse ne fasse mention des projets structurants de cet écosystème. La raison ? Une évolution du paysage concurrentiel des paiements, des usages qui se transforment profondément et par-dessus ces tendances, un contexte géopolitique instable et conflictuel qui oblige à des réflexions de fond sur la manière dont l’Europe doit s’organiser pour faire face au risque systémique et économique d’une trop forte dépendance à des acteurs internationaux. Rappelons que sur le continent, 61% des transactions numériques sont opérés par des acteurs extra-européens et a fortiori par Visa et Mastercard, deux géants américains de la carte.
Ce chiffre peut paraître insignifiant aux yeux des citoyens qui voient dans l’acte transactionnel plus un passage obligé qu’un acte souverain, pour autant, il explique en creux pourquoi l’Europe se doit de bâtir ses propres modèles pour ne pas se faire distancer, voire ne pas se faire totalement désintermédier. Il va sans dire qu’au-delà de ces éléments très structurants, la question des « données » est, elle aussi, au centre des attentions.
Instaurer davantage de compétition dans ce marché où la carte est devenue le moyen de paiement prédominant (il représente en moyenne 80% du chiffre d’affaires des grandes enseignes) relève de la nécessité aussi bien pour des raisons économiques, que de souveraineté ou encore de résilience. Une interruption de service d’un des maillons de la chaîne monétique a des effets désastreux sur les entreprises ; la continuité d’activité n’est donc absolument pas une option.
Créer les conditions d’une indépendance technologique et économique ne signifie pas un repli sur soi. Elle a pour finalité de disposer de ses propres infrastructures et règles, de jouer sur les coûts, et constitue également un moyen de rééquilibrer les rapports de force pour se prémunir de toute ingérence ou de décision unilatérale qui pourrait couper subitement plusieurs États de leur capacité à commercer correctement. Loin de vouloir désigner des adversaires, il s’agit de diversifier la palette d’instruments mis à disposition des utilisateurs pour moderniser l’offre et réduire la dépendance critique.
C’est dans ce cadre que les initiatives européennes prennent tout leur sens, notamment au travers du développement du paiement de compte à compte (virement instantané) porté par Wero qui suscite un réel intérêt et une appétence de la part des commerçants qui, en France, commenceront à tester la solution en fin d’année 2026. À horizon 2029, l’euro numérique devrait venir compléter l’arsenal existant et la solution Wero.
Les entreprises du commerce suivent de près ces évolutions et y voient des opportunités réelles pour diversifier les moyens de paiement, renforcer la résilience opérationnelle et participer activement à l’émergence d’une souveraineté européenne des paiements.