TRIBUNE. Dominique Méda, sociologue : « Comment travaillerons-nous demain ? »

Publié le : 27 juillet 2026

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Le magazine du commerce coopératif et associé, "Repères", accueille et confronte des voix fortes et des regards singulier sur le modèle coopératif et associé. Dominique Méda est professeure de sociologie à l’Université Paris Dauphine-PSL et présidente de l’Institut Veblen.

Retrouvez cette tribune dans « Repères », le magazine du commerce coopératif et associé.

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Les résultats des enquêtes françaises et européennes dont nous disposons sont clairs : les Français sont très attachés au travail et placent sur lui de très fortes attentes. Plus de 60% déclarent que le travail est pour eux très important. Ils souhaitent certes bien gagner leur vie mais aussi avoir un travail intéressant et une bonne ambiance de travail. Les attentes des jeunes sont encore plus intenses que celles des plus âgés : ils sont plus de 80% à indiquer que ce qui est important dans un emploi c’est la possibilité de réussir quelque chose.

Mais ces attentes viennent trop souvent se fracasser sur la réalité des conditions d’exercice du travail. 37% des salariés indiquaient en 2019 qu’ils ne se sentaient pas capables de tenir dans leur travail jusqu’à la retraite (32% des cadres et 39% des ouvriers et employés). 36% des jeunes sortis de formation initiale en 2017 déclaraient trois et six ans plus tard vouloir changer de métier. La Dares a montré qu’alors même que leur niveau de formation est toujours plus élevé (plus de la moitié des jeunes de 25 à 34 ans sont désormais diplômés de l’enseignement supérieur), les jeunes ont des conditions de travail systématiquement plus difficiles que les plus âgés.

Il existe donc un décalage frappant et inquiétant entre les compétences et attentes des personnes au travail et les postes proposés. Tout se passe comme si les organisations du travail n’avaient pas évolué au même rythme, augmentant ainsi l’insatisfaction et le sentiment de déclassement de celles et ceux qui travaillent.

Si les inquiétudes sont vives c’est aussi parce que l’IA pourrait supprimer de nombreux emplois et que le dérèglement climatique risque de dégrader plus encore les conditions de travail.

Il existe pourtant un scénario qui pourrait nous permettre de sortir par le haut de cette situation. Si nos sociétés s’engagent dans la reconversion écologique, nous pourrions créer des emplois et changer le travail. Cela suppose évidemment de forts investissements dans la transformation de nos économies, une concentration des aides publiques vers les entreprises capables de prendre soin de leurs salarié.es et de l’environnement dans lequel elles travaillent.

Trois chantiers semblent essentiels à ouvrir : celui des conditions de travail ; celui de la valeur sociale des métiers, qui devrait conduire à mieux rémunérer les métiers les plus utiles pour la société ; celui de la gouvernance. Alors que la France continue d’être un pays où les organisations du travail sont très hiérarchiques, il importe de permettre à celles et ceux qui travaillent d’être non seulement plus consultés mais aussi de plus participer aux décisions essentielles. C’est ce que suggère le rapport que vient de rendre la sociologue belge Isabelle Ferreras à la ministre espagnole du travail « Deux promesses à celles et ceux qui travaillent : la voix et la propriété », qui ouvre la voie à une véritable révolution.

Pour aller plus loin

Découvrir son ouvrage « Le Travail. Pourquoi travaillons-nous ? », Autrement, 240 pages, 20 euros.