Thibaut Guilluy, directeur général de France Travail : "Notre rôle est d'anticiper les mutations, pas de les subir"

Thibaut Guilluy, directeur général de France Travail : « Notre rôle est d’anticiper les mutations, pas de les subir »

Publié le : 29 juillet 2026

Thématiques :
Ne manquez aucune actualité
Toute l'actualité du commerce coopératif et associé, décryptée par la FCA.
Découvrir
Attractivité des métiers, fidélisation des salariés, IA : Thibaut Guilluy, directeur général de France Travail, détaille sa feuille de route pour accompagner le commerce coopératif et associé face aux nouveaux défis de l’emploi. Avec une conviction : l’avenir du travail se joue au plus près des territoires.

La FCA défend un modèle ancré au coeur des territoires. Comment s’inscrit l’action de France Travail sur le terrain pour répondre aux besoins des chefs d’entreprise ?

La FCA représente un modèle entrepreneurial intéressant : des commerçants indépendants qui mutualisent leurs moyens et leur expertise pour gagner en compétitivité, tout en conservant leur ancrage local et leur capacité à répondre aux besoins de leur territoire. Nous partageons cette logique : être un acteur national tout en apportant des réponses adaptées aux réalités économiques locales.

Nos 900 agences forment un maillage unique sur tout le territoire. Mais au-delà de la présence physique, nous co-construisons des solutions avec les acteurs économiques locaux, branches, collectivités, chambres consulaires. Les chefs d’entreprise veulent un interlocuteur qui connaît leur bassin d’emploi et leurs contraintes sectorielles.

Mon ambition est simple : qu’un dirigeant puisse s’appuyer sur un conseiller France Travail Pro qui connaît son bassin d’emploi, comprend ses métiers et soit capable de mobiliser rapidement les bonnes solutions de recrutement et de formation. C’est pourquoi nous avons multiplié les visites en entreprises : de 100 000 à 420 000 par an en deux ans.

Comment est-ce que France Travail peut épauler les groupements du commerce coopératif et associé confrontés à des difficultés de recrutement ?

Les difficultés de recrutement dans le commerce de détail, l’hôtellerie, l’optique ou la logistique sont des enjeux que nous accompagnons quotidiennement. Notre rôle est précisément d’aider les entreprises à attirer des candidats, à faire connaître leurs métiers et à révéler des opportunités parfois méconnues.

Les groupements du commerce coopératif et associé disposent d’un atout différenciant : ils offrent non seulement des emplois, mais aussi de véritables perspectives d’évolution notamment par l’entrepreneuriat. Dans un contexte où les jeunes générations recherchent un horizon et du sens, c’est un argument particulièrement puissant.

Face aux mutations rapides du commerce, le besoin en compétences évolue vite. Comment est-ce que France Travail peut accompagner ces évolutions ?

La question des compétences est centrale. Le commerce se transforme rapidement, ce qui fait émerger de nouveaux besoins. L’enjeu n’est plus seulement de recruter, mais de préparer les compétences dont les points de vente auront besoin demain.

Nous privilégions des dispositifs souples et directement connectés aux besoins des employeurs. Je pense notamment à la Préparation Opérationnelle à l’Emploi Individuelle (POEI), qui permet de former un candidat avant son recrutement sur les compétences précisément attendues par l’entreprise, avec un financement assuré par France Travail.

Les immersions professionnelles constituent également un levier très efficace : elles permettent au candidat de découvrir un métier en situation réelle et à l’employeur de vérifier l’adéquation avec le poste. Enfin, les parcours construits avec les OPCO permettent d’adapter rapidement les compétences aux évolutions du secteur.

Est-ce que France Travail a anticipé le virage technologique de l’IA ?

L’IA transforme déjà le commerce : gestion des stocks, prévision de ventes, relation client, e-commerce, logistique… Certains métiers vont évoluer profondément, d’autres vont émerger. Notre rôle est d’anticiper ces mutations, pas de les subir.

Pour les chercheurs d’emploi, nous avons d’abord engagé un grand mouvement de formation aux usages de l’IA : près de 150 000 participants en 2025 à nos événements dédiés, et 200 000 personnes engagées dans notre Calendrier de l’IA, un micro-learning conçu avec Microsoft. Et nous allons plus loin : le gouvernement nous a confié la mission d’être l’opérateur qui aide à former 15 millions de professionnels d’ici 2030, dans le cadre du plan « Osez l’IA ».

L’enjeu pour les entreprises sera de développer de nouvelles compétences chez leurs collaborateurs afin de tirer pleinement parti de ces outils. Pour les employeurs, nous déployons aussi des outils concrets. MatchFT, qui s’appuie sur l’IA pour améliorer le rapprochement entre les offres et les profils, permet déjà de réduire de 3,5 jours le délai moyen de pourvoi des offres. L’IA doit être un accélérateur au service de l’emploi et de la performance des entreprises.

Comment est-ce que France Travail peut promouvoir la spécificité du modèle coopératif et associé pour fidéliser durablement les salariés ?

Le modèle coopératif et associé répond à une aspiration de plus en plus forte dans le monde du travail : celle de s’engager dans un projet qui a du sens, qui crée de la valeur localement et dans lequel chacun peut se projeter durablement. Les salariés sont souvent davantage attachés à une entreprise lorsqu’ils comprennent sa finalité, et se sentent pleinement intégrés à un projet collectif.

France Travail peut contribuer à mieux faire connaître les atouts de ce modèle auprès des candidats. Cela passe d’abord par une meilleure connaissance du modèle coopératif par les conseillers France Travail afin qu’ils puissent le valoriser dans leurs échanges avec les chercheurs d’emploi. Cela peut également passer par des actions d’immersion dans les entreprises permettant aux candidats de comprendre, dès le départ, ce qui fait la spécificité et la richesse de votre modèle. La fidélisation repose souvent sur une rencontre réussie entre une personne, un métier et un projet d’entreprise.

Retrouvez cet article et bien d’autres dans « Repères », le magazine du commerce coopératif et associé.

Découvrir