François-Xavier AWATAR

François-Xavier Awatar, avocat et membre expert de la FCA : « Le commerce coopératif et associé dispose d’un arsenal juridique capable de créer de véritables champions face aux géants mondiaux »

Publié le : 24 juin 2026

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Le magazine du commerce coopératif et associé, "Repères", accueille et confronte des voix fortes et des regards singulier sur le modèle coopératif et associé. François-Xavier Awatar est avocat associé au sein du cabinet CMS Francis Lefebvre, et membre expert de la FCA.

Retrouvez cette interview dans « Repères », le magazine du commerce coopératif et associé.

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Le modèle coopératif et associé peut-il constituer un rempart face aux crises et aux pressions internationales ?

Les groupements de commerçants indépendants forment le principal contrepoids au commerce intégré en France dont le mouvement coopératif est l’un des plus puissants au monde. Leur robustesse tient à leur architecture même : la coopérative dissocie pouvoir capitalistique et pouvoir décisionnel dans la mesure où la règle « un homme, une voix » la rend imperméable aux pressions des marchés financiers et neutralise toute prise de contrôle hostile. Elles « obéissent à des principes de fonctionnement qui les distinguent nettement des autres opérateurs économiques » comme l’a déjà affirmé la CJUE.

En période de crise, cette gouvernance démocratique devient un avantage opérationnel décisif. Les décisions de réorientation vers les biens essentiels, de maintien des emplois ou de solidarité envers les adhérents sont prises rapidement, par les parties prenantes elles-mêmes. La crise Covid l’a démontré, et la mutualisation des outils communs a conféré un avantage concret face aux tensions d’approvisionnement.

Mais les coopératives ne font pas que résister, elles performent. Certaines affichent des redistributions historiques à leurs adhérents, prouvant que la résilience coopérative est créatrice de valeur partagée. Ce n’est pas un hasard si 2025 a été proclamée Année internationale des coopératives par les Nations Unies, validation internationale d’un modèle juridique au service de la souveraineté collective et de l’ancrage territorial.

 

Comment le modèle peut-il faire du droit un levier stratégique pour protéger sa propre souveraineté ?

Le commerce coopératif et associé dispose d’un arsenal juridique capable de créer de véritables champions nationaux face aux géants mondiaux. Les unions de coopératives permettent d’atteindre une taille critique sur les marchés d’achat internationaux tout en préservant l’ADN coopératif. Combinées à une filialisation maîtrisée (activités financières, logistiques ou numériques), elles offrent une architecture juridique souple et protectrice, capable de rivaliser avec les centrales mondiales sans sacrifier l’indépendance des membres.

La dimension internationale renforce encore cette capacité de résistance : les commerçants de détail de toute l’UE peuvent adhérer à une coopérative française, plaçant nos réseaux à égalité concurrentielle avec des groupes intégrés pour lesquels l’internationalisation est structurellement plus aisée. À cela s’ajoute la sécurisation des réseaux par des clauses de préemption, qui maintiennent les points de vente face aux rachats opportunistes, un bouclier territorial expressément voulu par le législateur.

Ce n’est pas un hasard : à l’origine, le modèle coopératif avait précisément pour finalité de lutter contre le commerce dominant.

 

Le cadre législatif actuel peut-il favoriser l’émergence de champions fondés sur le modèle coopératif et associé ou, au contraire, risquer de fragiliser notre tissu économique et commercial ?

Le droit de la distribution est aujourd’hui traversé par diverses finalités : protection du marché, encadrement des déséquilibres contractuels et préservation de la compétitivité des réseaux. Dans ce contexte, le modèle coopératif et associé apparaît comme un levier crédible de souveraineté économique.

Fondé sur la mutualisation des moyens, la gouvernance démocratique et l’ancrage d’entrepreneurs indépendants, il a démontré son efficacité, au point de concurrencer directement la franchise et de représenter une part significative du commerce de détail. Le cadre juridique actuel a, dans une certaine mesure, accompagné cette dynamique, notamment en laissant une marge de liberté contractuelle permettant des rapprochements ou des structurations de réseaux. L’enjeu pour le législateur est donc de faire préserver la singularité de ce modèle à succès, sans quoi il existe un risque d’affaiblissement d’un modèle pourtant stratégique pour le tissu économique.