L’INVITÉ. Alain Di Crescenzo, président de CCI France : « Nous sommes un pays de bâtisseurs et d’entrepreneurs »

Publié le : 8 mai 2026

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Comment transformer l’appétit des Français pour l’entrepreneuriat en succès durables ? Alain Di Crescenzo, président de CCI France, un pilier du paysage entrepreneurial français, réaffirme son optimisme pour le commerce.

Les Français ont-ils toujours l’appétit d’entreprendre ?

Nous sommes un pays de bâtisseurs et d’entrepreneurs. Les chiffres le confirment : l’année 2025 s’est terminée avec près de 1,2 million d’unités légales créées, soit +5 % en un an. C’est un nouveau record, dans un contexte marqué par des incertitudes économiques et institutionnelles. Au-delà des chiffres nationaux, nous le constatons sur le terrain. Rien que sur la création d’entreprise, ce sont plus de 229 500 personnes que nous avons sensibilisées et accompagnées en un an. Derrière ces chiffres, il y a des parcours, des prises de risque, des projets de vie. L’enjeu désormais n’est pas seulement de susciter des vocations, elles sont là, mais de sécuriser les parcours et de faire grandir ces entreprises dans la durée.

L’année 2025 s’est terminée avec près de 1,2 million d’unités légales créées, soit +5 % en un an. C’est un nouveau record !

Vous défendez le réseau des CCI, régulièrement menacé de coupes budgétaires. Pouvez-vous rappeler le cœur de sa mission ?

Notre réseau est le premier réseau public d’accompagnement à l’entreprise en France, avec près de 1,2 million d’entreprises et de porteurs de projets accompagnés en 2025. Notre mission est triple.

D’abord, accompagner les entreprises tout au long de leur cycle de vie : création, développement, transition, transmission. Nous sommes un acteur de proximité, ancré dans les territoires. Dans le contexte d’instabilité actuel, la demande d’accompagnement n’a jamais été aussi forte. Ensuite, former les talents. Avec 525 000 personnes formées en 2025, nous sommes le premier acteur de la formation en France après l’Éducation nationale. Notre réseau s’appuie sur 270 établissements (écoles de commerce, d’ingénieurs, CFA) et délivre 245 certifications reconnues. Enfin, nous jouons un rôle structurant pour les territoires en gérant 580 équipements (ports, aéroports, centres d’affaires), répartis dans 89 départements. C’est un levier essentiel d’attractivité économique locale.

Cette capacité d’action repose sur un maillage de 121 chambres et une gouvernance assurée par 9 000 chefs d’entreprise élus bénévoles. C’est une singularité qui garantit une action connectée aux réalités du terrain. L’impact est réel : nous estimons à 2,4 milliards d’euros la valeur créée par notre action, et à plus de 12 200 les emplois générés. Face aux défis majeurs (transitions écologique et numérique, transformation des modes de consommation), notre rôle est plus que jamais essentiel. C’est pourquoi le réseau doit non seulement être défendu, mais aussi renforcé.

Quelles sont les priorités de CCI France pour accompagner les porteurs de projets ?

Notre priorité est d’accompagner chaque entrepreneur dans les meilleures conditions, avec une approche de proximité. Nous proposons des parcours structurants. Nos formations certifiantes « 5 jours pour entreprendre » et « 5 jours pour reprendre », récemment revalidées par France Compétences, permettent d’acquérir les fondamentaux pour sécuriser un projet.

Nous facilitons aussi la mise en relation avec des opportunités concrètes. Le Forum Franchise Tour connecte les porteurs de projet à Nantes, Arras, Lyon, Mandelieu ou Aix, avec des enseignes nationales du commerce associé. L’accès à un local commercial est également un enjeu clé. De nombreuses CCI proposent des solutions de la recherche de locaux jusqu’au suivi post-ouverture, avec des dispositifs mêlant formation et coaching.

Enfin, nous sommes mobilisés aux côtés de notre ministère de tutelle (ministère du Commerce de Serge Papin) dans le cadre de l’expérimentation « Made in local ». Ce dispositif permet à des collectivités de proposer des locaux à loyers modérés, voire nuls, via des « boutiques à l’essai ». Le réseau des CCI intervient en appui pour réaliser les études de faisabilité et identifier les porteurs de projets pertinents.

Comment le binôme « CCI/groupements d’indépendants » peut-il agir pour renforcer l’attractivité de nos territoires ?

Je crois beaucoup au modèle coopératif, c’est un modèle performant, comme le prouvent les chiffres et le développement des enseignes nationales qui l’ont choisi. C’est un modèle que je connais bien étant président d’une banque coopérative. Le réseau CCI c’est aussi un réseau d’entrepreneurs. Les groupements d’indépendants sont très présents avec beaucoup d’entrepreneurs élus de leur CCI. Je peux citer Intermarché, Intersport, E. Leclerc, Optic 2000, Système U…. C’est toute la richesse de notre réseau : un établissement public dirigé par des entrepreneurs.

Je crois beaucoup au modèle coopératif, c’est un modèle performant, comme le prouvent les chiffres et le développement des enseignes nationales qui l’ont choisi.

Les conseillers CCI accompagnent le développement des réseaux nationaux : recherche de porteurs de projet, recherche de locaux, lien avec les collectivités, études d’implantation, formation, accompagnement dans les transitions. Ce faisant, ils travaillent à la revitalisation de l’économie de proximité. C’est avant tout par la croissance que l’on réduira la vacance commerciale. Le réseau CCI est complémentaire des réseaux coopératifs sur beaucoup de sujets, comme la décarbonation avec notre outil de diagnostic LISE, ou avec le réseau Négoventis dont les diplômes certifiants (vendeur-conseiller, responsable du développement commercial) peuvent être associés aux formations « métiers » de l’enseigne.

Êtes-vous optimiste pour le commerce et le tissu entrepreneurial à horizon dix ans ?

Je suis optimiste pour le commerce, mais c’est un optimisme exigeant. Il faut regarder ce qui marche, et il y a beaucoup d’exemples dans le modèle coopératif. Il faut aussi regarder la réalité en face. Les consommateurs changent et avec eux, le commerce. Nous sommes entrés dans une logique pleinement omnicanale ; le plus un commerce maîtrise de canaux, le plus il a de chance de réussir. La demande de loisir, de convivialité et d’expérience n’a jamais été aussi forte. Cela redessine nos centres-villes et les zones de périphérie, qui laissent plus de place aux piétons, à la restauration, aux lieux de vie.

Je suis optimiste pour le commerce, mais c’est un optimisme exigeant

Certains secteurs doivent se réinventer. Beaucoup le font déjà avec succès, c’est ce que nous valorisons à travers les Trophées du Commerce. Une des clés de réussite à l’avenir sera l’adaptation au réchauffement climatique. Sans prise de conscience, les centres-villes et leurs commerces de proximité risquent d’être invivables et tout le commerce se fera en centres commerciaux climatisés. La deuxième clé, c’est que nous devons accompagner collectivement ces mutations : transitions écologiques, mutations numériques, montées en compétences, équité face à la concurrence internationale. Si ces conditions sont réunies, alors oui je suis confiant. Nous avons des entrepreneurs engagés, innovants et résilients, prêts à relever les défis de demain.

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